Etienne Mokusho Zeisler

Quand je suis arrivé dans le zen en 1969, la sangha de Maître Deshimaru en était encore à ses balbutiements et n’existait que depuis deux ans. Cette sangha n’était alors qu’un petit groupe dont le disciple principal était Mr Lambert, président del’International Yoga Institute de France.

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Malgré le fait que ce monsieur était, par sa fonction, en relation avec les plus grands maîtres de yoga indien,(tels le swami Shivanandha ou leswami Satshitanandha),il ne tarda pas,suivi d’un certain nombre de ses élèves, à faire allégeance à Maitre Deshimaru comme son principal mentor.

Parmi les élèves de monsieur Lambert, il y avait un couple de jeunes et beaux adolescentsqui n’étaient autres qu’Étienne et Malika. Un grand brun et une belle blonde calmes, radieux et amoureux. Ils incarnèrent bien vite, pour notre groupe zen, l’idéal du bonheur et de l’équilibre. C’est là, la première image que j’ai eue d’Etienne et Malika, dont les noms semblaient inséparables.

Ils avaient tout deux une splendide posture de zazen et Étienne qui parlait correctement l’anglais devint naturellement le traducteur attitré de Maître Deshimaru. Inutile de dire que pour le débutant que j’étais, ils inspiraient tout deux une grande attirance et beaucoup d’intérêt.

J’ai appris, par la suite, à mieux connaître Etienne bien que n’étant pas du même milieu que lui. Je dirais même plus, il y avait entre nous une antinomie socio-culturelle évidente. Dans les années 70, bourgeois et anarchistes ne partageaient pas forcément la même table. La vie, bien évidemment, n’a pas tardé à nous faire courber l’échine. La vie, mais pas seulement, car dans le zen on apprend à se dresser sans arrogance et à se courber sans honte. C’est donc en tant que moines que nous nous sommes rencontrés plus tard. Timidement d’abord puis pas à pas, poussés par le respect mutuel comme deux frères, aimés par un même père.

Etienne était un garçon très secret et difficile à cerner et ne révélait pas facilement ses sentiments, même à ceux qui se prétendaient être ses copains ou ses disciples.Cette attitude donnait encore plus de valeur aux moments intenses pendant lesquels il se dévoilait. Il s’est parfois ouvert à moi me révélant son cœur ou sa douleur sans que je m’y attende. Je fus alors stupéfait de la confiance qu’il m’accordait. Il était enclin au partage et même à une grande générosité. II ne faut pas oublier qu’étant mon aîné dans le zen, je m’en trouvais d’autant plus touché. Voici l’enseignement d’un soir où Etienne nous avait invités, moi et quelques copains, à faire une bouffe chez lui. Pas compliquée, genre pâtes à la sauce tomate et œufs au plat. C’était longtemps avant la mort de maître Deshimaru et je parlais du zen avec des étoiles pleins les yeux:

- "Deshimaru était un bouddha, tous les japonais avaient le satori et le zen était la chose la plus importante au monde." Subitement, Étienne me regarda avec la ferme intention de me communiquer quelque chose. Á moi qui à l’époque n’avais encore jamais été au Japon, il déclara soudain : « Au Japon, le zen est une secte sans importance qui n’intéresse personne et ils se demandent vraiment pourquoi, nous les français, on s’intéresse à ça ». J’avoue que sur le coup j’ai été sonné par cette façon de parler mais je n’ai jamais oublié ces mots, signe qu’il avait visé juste. Il faut pratiquer sans se faire d’illusions ni sur le zen ni sur le Bouddhisme ni sur le satori, seulement zazen sans rien en attendre est fondamental. Tout le reste est accessoire. Il est vrai que depuis ce temps et grâce au travail qu’a fait Deshimaru en Europe et ailleurs, le zen a retrouvé sa valeur universelle reconnue dans le monde entier. Il influence et influencera encore longtemps, comme le voulait notre maître, toute notre civilisation. Même si les japonais ne s’intéressent plus au zen consciemment, ils en sont néanmoins imprégnés dans leur vie et dans leur comportement.

 

 

 

 

Stephane Kosen Thibaut

Shobogenji

Yujo Nyusanji

 

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