Pere Shin Gyo Gasol

À la mémoire de mon maître Étienne Mokusho Zeister

Etienne 40

J'ai commencé la pratique du Zen lors d'une sesshin du maître Taisen Deshimaru à Barcelone. Plus tard, pour la sesshin de Séville, le maître avait des problèmes de santé et il a envoyé à sa place son disciple italien Fausto Guareschi. Il m'a beaucoup impressionné et j'ai décidé de le suivre à la Gendronnière. C'était l'été 82, et un championnat de ping-pong y était organisé. J'aime beaucoup ce jeu, donc je m'y suis inscrit. C'est alors qu'on me dit que je devais jouer contre Étienne, que tout le monde connaissait et moi je ne le trouvais nulle part. Jusqu'au moment où en me touchant l'épaule il me dit « c'est toi Pedro ! Tu veux jouer maintenant ? ». Sa présence m'a impressionné mais pas son habil eté au ping-pong !

Plus tard à Barcelone, pendant la sesshin, étant de pilier lors d'un za-zen du soir, j'ai été tellement ému, je me suis senti si heureux, tout dans la lumière, comme si s'était mon premier Grand Amour, inconditionnel, irreversible. Je le suivais là où je pouvais, en France,en Andalousie, etc. À la Gendronnière, l'été du Tenzo Kyokun, j'ai été ordonné moine. J'étais fier d'être son disciple et d'écouter ses Kusens dans le Dojo. Pour moi c'était comme aller à l'Université réelle, soudaine. Ne rien comprendre au français n'avait aucune importance, sa voix était chaleureuse et avec du ton. Je savais seulement quelles étaient la première et la dernière parole, le reste restait par là, quelque part à l'intérieur. Là où j'avais l'occasion d'analyser ses enseignements c'était avec le traducteur pour les espagnols après le zazen. C'était Paco Villalba, expert en traduction et aujourd'hui maître Dokusho Villalba.

J’ai beaucoup d’anecdotes, mais en voici deux qui reflètent l’immense calme qu'offrait Étienne, ainsi que la tempête implacable qu'il déchaînait pour protéger le Dharma, le za-zen, l'atmosphère, la respiration silencieuse.

La première c'est à la Gendronnière., J'étais kyosaku et Étienne ,Godo. C'était un après-midi tranquille et deux écureuils sont entrés dans le dojo pour jouer, entre tout ces corps immobiles en zazen. Mon cœur montait et descendait avec eux, j'étais vraiment mal à l'aise jusqu'à ce qu'ils soient partis. Une fois partis, Étienne ouvre un peu plus les yeux et avec douceur me calme complètement.

L'autre anecdote se situe pendant la sesshin de Girona. Pendant le za-zen de la nuit, ils manquait dix personnes. Étienne s'en est rendu compte et a appelé le kyosaku. Je m'approche, et il me demande de voir ce qui se passe et d’aller les chercher. J'y suis allé et je les ai trouvés au village le plus proche. Là j'ai dű annoncer aux moines que le lendemain il leur donnerait le rensaku. Cette forme directe de « punition » m'a beaucoup choqué. Étienne usait des phénomenes qui se produisaient pendant la sesshin pour transmettre le Dharma. Un grand maître, qui semblait qui n'y paraissait pas mais que je pouvais trouver en moi meme.

Quand Fernando m'a appelé pour m'annoncer sa mort, je me suis demandé immédiatement « qui continuera tout cela ? Comment remplacer cet enseignement ? ». Aujourd'hui 25 ans ont passé et je sais que tout cela continue, l'enseignement continue de s'exprimer, et c'est pour cela que j'offre mon respect le plus profond au Maître Stéphane Kosen Thibaut, au Maître Barbara Kosen et au Maître Yvon Myoken Bec. Gassho.

 

 

 

 

Pere Shin Gyo Gasol

Terrassa 11 may 2015

FaLang translation system by Faboba
DESIGN BY WEB-KOMP