Comme un météore

Son nom zen était Mokushô, Illumination silencieuse. Il brillait avec discrétion, car c’était un être secret, subtil et profond. Quand il traduisait Sensei, maître Deshimaru, dont il était le premier disciple, il s’évanouissait complètement : on n’entendait plus que le rythme du maître, ses intonations, rien d’Etienne ne transparaissait.

Etienne 24
Maître Deshimaru de son vivant l’envoyait diriger des sesshin. Quand j’ai commencé zazen à Paris, en 1970, il travaillait au secrétariat de maître Deshimaru, qui regroupait le Dojo zen de Paris et ce qui allait devenir l’AZI, et son humour transparaissait dans chacun de ses mots.

Assez vite, après la mort de maître Deshimaru, alors qu’à l’époque on ne parlait pas encore de sangha rassemblées autour de différents maîtres, des disciples le suivaient de zazen en zazen, de sesshin en sesshin. On le lui a d’ailleurs reproché, ce qui l’a assez douloureusement touché.

J’habitais près de chez lui et on se voyait assez souvent en privé, on lui tenait compagnie avec Yvon, car il était seul, mais en fait il ne se sentait vraiment bien que pendant zazen et surtout pendant les sesshin et, vers la fin de sa vie, le nombre de zazen dans une journée de retraite ne faisait que croître.

Il commentait à merveille les textes des maîtres du zen, le Tenzokyokun, de maître Dôgen, Le Chantde la hutte de paille, de maître Sekito… Sa voix profonde et douce s’harmonisait bien avec l’atmosphère du zazen.

Il avait reçu la transmission du Dharma (denpo) de Niwa Zenji, supérieur du temple Eiheiji, avec deux autres disciples de maître Deshimaru. A eux trois ils étaient responsables de la sangha reliée à l’AZI et au temple zen de la Gendronnière, ainsi que du Dojo zen de Paris, dont Etienne était devenu le président. Il avait repris son ancien travail, non plus en tant que secrétaire, mais en tant que président, et il passait toutes ses journées rue des Cinq-Diamants.

Son décès à quarante-quatre ans nous a tous choqués. Entre la déclaration de sa maladie et sa mort, très peu de temps s’est écoulé. Il est parti comme un météore, en silence, nous laissant sa lumière qui continue de briller éternellement.

 

 

 

 

Katia Kôren Robel

Dojo zen du Châtelet

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