Un adieu plein de vie

Etienne 52

Premiers jours de juin 1990. Etienne est hospitalisé, je vais lui rendre visite à la clinique. Il me reçoit avec bonne humeur et semble heureux de me voir. Roland Garros vient de commencer, il y a un match à la télévision et nous le regardons ensemble tout en discutant. Je lui dis que je vais voyager aux États-Unis avec mon fils, Sebastian, qui à cette époque avait 5 ans, pour rendre visite à mon père et lui présenter son petit-fils.

Durant cette après-midi nous avons parlé de tout et de rien, et la conversation a suivi son cours, sans but précis. Etienne m'a parlé du zen, du dojo, de telle ou telle personne, nous avons évoqué l'Argentine, ma vie avant de venir vivre en France, il m'a raconté son récent voyage à Budapest, nous avons parlé de ses fils, du mien et enfin de tennis.

Nous n’avons presque pas évoqué sa maladie. Je savais combien il était malade, la gravité de son état, mais il était clair qu'il ne voulait pas que ce soit une visite à une personne malade. J’étais triste, mais j’ai contenu ma tristesse. Je savais que ma visite était un adieu, mais ce fut une visite joyeuse, un adieu plein de vie.

Au moment de partir, il m’a dit : Je suis couché dans ce lit et juste à côté c’est Roland Garros ! Comme j’aimerais y être.

C’est la dernière fois que je l'ai vu, je suis arrivé aux États-Unis le 7 Juin, et le lendemain, je recevais la nouvelle de sa mort. J'ai allumé un bâton d’encens et et me suis assis en zazen.Dimanche, 25 ans plus tard, je ferai la même chose, uni à tous ceux qui dans le monde entier s’assoiront en zazen, allumeront un bâton d’encens en sa mémoire ou qui simplement se souviendront de lui en silence.

 

Fernando Schumerini

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