Etienne Mokushô, 8 juin 1990-8 juin 2015

Etienne 49

Etienne, Istvan, Lumière du Silence… Il a appris par contrainte le silence en passant la frontière pour fuir sa Hongrie natale, et il a commencé à parler en transmettant le Dharma… Et depuis le 8 juin 1990 il nous est présent dans ce silence de lumière… Je me permets de livrer un témoignage personnel, qui de l’empreinte de la marque quotidienne de l’humanité ouvre à la dimension accomplie de l’Homme…

Dès mes débuts dans la sangha Zen de DeshimaruRôshi, Etienne fait partie des « grands »… J’ai toujours eu pour lui une grande admiration, et une profonde amitié… silencieuse… Après le décès de Sensei, des remous violents ont secoué notre sangha. Je me suis tenue à l’écart. J’ai retrouvé Etienne, par hasard… pour parler Kesa dans un café de Montparnasse… Ensuite, à la suite du décès de son père, François Zeisler, que je connaissais bien, nous sommes restés proches.

Petit à petit il m’a fait part des angoisses qu’il rencontrait par rapport à sa santé. Notamment un appel téléphonique depuis Budapest où il s’était rendu pour disperser les cendres de son père…

Puis une hospitalisation en urgence à Blois, et puis très vite il a dû être hospitalisé à Ambroise Paré à Boulogne. Rolland Garros venait de débuter… C’était un peu une fenêtre sur la vie qui continue…

Les médecins du service m’ont laissé lui annoncer le verdict de non retour… Choc, malgré sa très grande lucidité… Et surtout immense tristesse d’avoir à quitter ses fils…

Son état s’est dégradé très vite. Nous étions quelques uns à nous relayer auprès de lui. Dans la nuit du 7 au 8, Yvon Bec est parti vers 23h. Je suis restée. A 2 heures 05, son souffle s’éteignait. Les infirmières m’ont demandé de sortir un moment pour l’hommage qu’elles rendaient au corps mort de leur patient. Attitude d’une extrême noblesse. Je suis revenue auprès de lui. Vers 5h revenait Yvon, pour faire face à la nouvelle, puis Guy Mercier, apportant son repas du matin, offrande désormais au Bouddha qu’il est devenu… Ce geste tout simple, plein d’amour, m’a beaucoup marquée…

Depuis 1993 j’ai retrouvé la voie chrétienne qui m’avait guidée jusqu’au début de ma vie adulte. Le Zen a été mon père et ma mère nourriciers pendant de longues années… et mes frères de zafu et de pratique sont mes frères pour toujours…

Le grand passage d’Etienne a été un grand enseignement. Passage de la vie à la mort, de la mort à la Vie…

Merci Etienne Mokushô, pour toujours…

 

Evelyne Holzapfel

Shô Getsu Fukusen

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